L’œuvre d’Alain Paris s’inscrit dans une dynamique où la matière guide la création, où chaque volume naît d’un dialogue instinctif entre l’artiste et la forme en devenir. Incurvées, équilibrées avec finesse, ses sculptures capturent la lumière à travers des jeux de couleur transparente, posées sur des socles d’acier, solides et ancrés, contrastant avec l’apparente légèreté du geste.

Dans cet espace où le regard se perd dans les contours et les courbes, où l’œil suit le mouvement d’une silhouette longiligne, le toucher devient essentiel. À la manière de Hans Arp, Alain Paris sculpte avec une intuition qui dépasse la simple représentation. Il ne cherche pas à imiter, mais à révéler ce qui se cache dans la matière.
Aucune référence directe à l’histoire de l’art ne guide son travail. Il se laisse porter par l’instant, sculptant sans intention figurative. Pourtant, des formes surgissent, évoquant parfois des animaux, sans qu’il l’ait voulu. Ce processus inconscient façonne un univers singulier, entre abstraction et suggestions organiques.


Une anecdote fondatrice marque son parcours : à l’âge de 17 ans, il observe un sculpteur façonner dans un bloc brut une femme enceinte. C’était dans les années 90, à Marseille, aux Réformés. Cette image s’imprime en lui, et, bien que son travail ne cherche pas à raconter, il porte en lui cette empreinte, ce premier choc esthétique.

Son œuvre oscille entre le réel et l’imaginaire, un monde onirique où les formes se métamorphosent sous le regard du spectateur. Il y a là une résonance avec la psychanalyse : comme dans un acte manqué sculptural, la main d’Alain Paris révèle ce que l’esprit ignore. Ses formes naissent d’une impulsion qui échappe à la volonté consciente, comme si la matière elle-même contenait une mémoire enfouie, un langage secret que l’artiste ne ferait qu’explorer. À la manière du processus primaire freudien, où le rêve transforme et condense, ses sculptures semblent émaner d’un espace intermédiaire, entre le visible et l’indicible.

Fidèle à cette démarche instinctive, il s’éloigne des matériaux classiques de la sculpture – marbre, bronze – pour explorer ceux du BTP, puisant dans le béton et les techniques des maçons traditionnels du bâtiment. Une manière d’ancrer son travail dans le quotidien, dans le brut, tout en révélant une étonnante finesse et une sensibilité presque aérienne.

Dans cette même logique de récit incertain, il évoque une légende locale : la sculpture d’E.T. aurait été réalisée à Marseille. Mythe ou réalité, cette histoire rejoint son travail : celui d’un artiste qui sculpte sans préméditation, laissant les formes parler d’elles-mêmes, suggérant des histoires que chacun peut s’approprier.

Texte : Arnaud Deschin de Beir